3 questions à Vincent Subilla, directeur général de la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), député PLR au Grand conseil genevois
30 septembre 2024
Vous avez écrit récemment que notre indépendance va de pair avec notre intégration économique en Europe. Que répondez-vous à ceux qui reprochent à la Suisse de saborder son autonomie en se rapprochant trop de l’Union européenne ?
Avec les accords bilatéraux, la Suisse est parvenue à trouver un juste équilibre entre une participation au processus européen et une indépendance. Nos relations avec l’Union européenne sont capitales pour la prospérité de notre pays et il convient aujourd’hui de les consolider.
En aucun cas la Suisse ne perdra son autonomie avec les Bilatérales III, c’est même le contraire. A titre d’exemple, il est prévu qu’à l’avenir la Suisse prenne part à l’élaboration des règles européennes, ce qui n’est actuellement pas le cas. Par ailleurs, notre système de démocratie directe sera préservé étant donné que le peuple conservera la possibilité de s’opposer à une règlementation européenne par le biais d’un référendum. Par conséquent, un rapprochement avec l’Union européenne n’est pas synonyme de perte d’autonomie.
Quel rôle la voie bilatérale joue-t-elle dans le maintien de la compétitivité des entreprises suisses, en particulier dans un canton aussi international que Genève ?
L’économie genevoise est très diversifiée et fortement tournée vers l’extérieur. Notre canton est le deuxième plus grand exportateur de la Suisse avec un volume de 22 milliards de francs, ce qui représente environ un tiers de son PIB. En conséquence, l’accès au marché européen est crucial pour nos entreprises. La non-actualisation des accords bilatéraux engendre des effets nuisibles pour nos sociétés, qui se traduisent par des coûts supplémentaires pour l’exportation de certains produits.
En quoi les accords actuellement négociés dans le cadre des bilatérales III représentent une opportunité pour la Suisse ?
L’objectif premier des négociations avec l’Union européenne est de donner un vrai cadre à nos relations avec l’Union européenne. Il s’agit en effet d’ancrer la voie bilatérale comme modèle de coopération. Cette formalisation permettra, grâce aux éléments institutionnels, de sécuriser l’accès au marché européen pour nos entreprises. Ceci est particulièrement important pour les acteurs économiques qui ont besoin de sécurité et de prévisibilité pour mener à bien leurs activités. Un aboutissement rapide des négociations avec l’Union européenne est dans l’intérêt de la Suisse, pour son attractivité et pour sa prospérité.
L’importance des Bilatérales pour… l’approvisionnement en électricité en Suisse
Entretien avec Antje Kanngiesser, CEO Alpiq Group, 30 septembre 2024
Les bilatérales III rassemblent plusieurs accords d’importance capitale pour notre pays, dont un accord sur l’électricité entre la Suisse et l’Union européenne. A plusieurs titres, il est représentatif des avantages des bilatérales.
Dans cette première contribution à notre rubrique « la valeur des bilatérales pour… », progresuisse donne la parole à Antje Kanngiesser, CEO Alpiq Group et membre de progresuisse. Sa fonction à la tête de l’un des plus grands fournisseurs d’électricité suisse lui offre un regard privilégié sur la nécessité pour notre pays de conclure rapidement un accord sur l’électricité.
Quels seraient les avantages concrets à un accord sur l’électricité avec l’UE ?
La conclusion d’un accord sur l’électricité apporterait de nombreux avantages supplémentaires. Non seulement il stabiliserait l’approvisionnement énergétique de la Suisse, mais il entraînerait également une baisse des coûts pour les entreprises et les ménages. La Suisse n’est pas une île et est étroitement liée au réseau électrique européen. Notre pays a besoin d’une étroite collaboration avec ses voisins pour garantir la sécurité d’approvisionnement à long terme. Un accord permettrait d’utiliser au mieux l’infrastructure existante tout en garantissant l’approvisionnement en hiver, lorsque les besoins en électricité sont élevés. Un approvisionnement en électricité sûr et abordable est l’épine dorsale de notre économie et de notre société, et donc de notre prospérité.
Pourquoi le statut quo n’est-il pas souhaitable ?
Sans accord sur l’électricité, la Suisse sera confrontée à des défis considérables. Le développement rapide de ses propres centrales électriques et d’infrastructures supplémentaires est nécessaire, ce qui entraînerait une hausse considérable des coûts pour les consommateurs finaux. En revanche, un accord réduit la nécessité d’investissements excessifs en permettant à la Suisse de profiter des énormes capacités électriques en Europe tout en utilisant ses centrales hydroélectriques flexibles pour stabiliser le réseau européen. Cela va donc dans les deux sens.
En quoi un tel accord pourrait être bénéfique aux consommateurs finaux en Suisse ?
Une alimentation électrique sûre est essentielle. C’est le plus important. De plus, la coopération ne permet pas seulement un libre accès au marché de l’électricité, elle favorise également la concurrence et entraînera une baisse des coûts en éliminant les investissements inutiles. Le libre accès à un marché libéralisé offrirait aux consommateurs une plus grande liberté de choix et réduirait la dépendance à de coûteuses réserves nationales. Comme un accord sur l’électricité requiert un marché libéralisé, le consommateur pourrait à l’avenir choisir lui-même son produit et son fournisseur d’électricité et ne serait plus captif. Mais en tant que consommateur, il pourrait aussi rester dans un approvisionnement de base réglementé, dans lequel il serait protégé au niveau des prix. Une libéralisation socialement acceptable est donc possible.